Pommes de terre : échelonner l’apport d’engrais azoté en deux

Pommes de terre : échelonner l'apport d'engrais azoté en deux

Imaginez pouvoir décider d’un second apport d’azote pour vos pommes de terre à partir d’images prises depuis un drone ou un satellite. C’est précisément ce que propose un nouvel outil de pilotage qui vise à fractionner la fertilisation pour mieux coller aux besoins réels de la plante.

Le principe : un apport initial, puis un diagnostic visuel

Le modèle, inspiré d’un dispositif déjà testé sur blé, repose sur l’analyse d’images multispectrales. Ces images, acquises par des capteurs embarqués sur satellite ou drone, permettent d’évaluer l’état de la culture entre 25 et 40 jours après la levée. On obtient ainsi un diagnostic fin de la nutrition azotée de la parcelle.

Trois indicateurs principaux servent à la décision : la teneur en chlorophylle des feuilles, le taux de couverture du sol et la densité du feuillage. À partir de ces éléments, le modèle calcule le complément d’azote nécessaire ou non.

Fractionner en deux : pourquoi 40 kg N/ha en réserve ?

Au départ, la méthode recommande une mise en réserve de 40 kg N/ha déposés au moment de la plantation. Cette réserve sert de base quelle que soit la dose prévisionnelle calculée par la méthode bilan du Comifer. Ensuite, selon l’état réel de la plante et les conditions annuelles, l’outil indique s’il faut compléter.

Ce complément peut être nul. Il peut aussi atteindre 40 à 80 kg N/ha dans des situations de mauvaise valorisation ou d’incertitude sur le bilan initial. L’intérêt est simple : adapter l’azote à la demande réelle, réduire les gaspillages et limiter les pertes environnementales.

Une fenêtre d’intervention étroite et exigeante

La période favorable pour effectuer ce second apport est courte. Entre 15 et 20 jours au maximum selon la variété et la dynamique de croissance. Le moment coïncide souvent avec une phase de croissance rapide en juin, quand la plante absorbe beaucoup d’azote par jour.

En pratique, ce calendrier pose un vrai défi organisationnel. Juin est aussi la période de lutte contre le mildiou. Multiplier les passages de matériel pour fertiliser, tout en réalisant les traitements phytosanitaires, complique la gestion des chantiers. Il faut trouver un compromis entre optimisation physiologique et contraintes logistiques du producteur.

Résultats des essais et perspectives

Le modèle est testé sur un réseau d’une trentaine de parcelles agricoles, en partenariat avec des coopératives et des industriels. Il a été intégré dans l’outil de pilotage Farmstar pour être accessible aux utilisateurs.

Les premiers bilans sont encourageants. En 2024 et 2025, aucune parcelle testée n’a montré de baisse de rendement liée au fractionnement. Mieux : pour 60 % des parcelles suivies, les 40 unités d’azote mises en réserve ont pu être économisées, puisqu’aucun complément n’était nécessaire.

L’outil vise une disponibilité à grande échelle autour de 2027, selon l’avancement des essais et des partenariats. Il pourrait aussi aider à réduire le bilan d’émissions de gaz à effet de serre des filières, ce qui intéresse les producteurs souhaitant s’engager dans des démarches labellisées.

Que cela change-t-il pour vous sur le terrain ?

  • Vous déposez 40 kg N/ha à la plantation puis attendez le diagnostic visuel.
  • Entre 25 et 40 jours après la levée, vous recevez une recommandation : pas de complément, ou un apport de 40 à 80 kg N/ha selon le besoin.
  • Vous devez planifier un second passage dans une fenêtre courte. Cela demande coordination avec les traitements mildiou et la disponibilité du matériel.

Conseils pratiques pour tester le pilotage

Si vous envisagez d’essayer le système, commencez petit. Testez-le sur une parcelle pilote pour apprécier la fenêtre d’intervention et l’organisation du chantier.

Travaillez avec votre coopérative ou votre conseiller pour intégrer le diagnostic multispectral dans votre plan de fumure. La captation d’images et l’interprétation nécessitent un flux d’information fluide.

En résumé

Le fractionnement en deux apports, avec une réserve de 40 kg N/ha et un complément guidé par imagerie multispectrale, offre une piste concrète pour adapter la fertilisation des pommes de terre. Le potentiel est double : économiser de l’azote et limiter les émissions. Reste la contrainte logistique d’un second passage en juin. Les essais montrent toutefois que l’on peut maintenir les rendements tout en améliorant la précision de la dose.

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Auteur/autrice

  • Je suis horticultrice de formation, diplômée en productions horticoles à VetAgro Sup, avec plus de quinze ans d’expérience en pépinière et aménagement de jardins privés. J’ai accompagné des projets de jardins urbains et potagers familiaux dans plusieurs régions françaises. Spécialisée dans les plantes adaptées au changement climatique et l’intégration du végétal autour de la maison, je teste au quotidien outils et méthodes pour un entretien réaliste. À travers mes articles sur le jardin et la maison, je partage ce que j’expérimente vraiment sur le terrain pour aider chacun à créer un extérieur beau, fonctionnel et durable.

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